Cette Bucolique a eu un grand succès en 2004: une première traduction-commentaire d'Eleutheria, corroborée par un deuxième commentaire de Chantal Osorio; v. 1 - 30 suivie du complément v. 27- 39, de Hubert Steiner, en 2006, avec la poursuite de 40 à 58 par Chantal Osorio en traduction-commentaire dès 2004. Qui parachèvera avec les vers 59 à 83? (envoyez-nous votre production, en respectant si possible la présentation des vers 27 à 39, sinon à votre choix! format *.doc)
Eleutheria: Steinerus cor. sequens Goelzer, in collection Budé, complevitque fratribus equitibus:Osorio commentavit infra
scansion, traduction universitaire, critique de la traduction universitaire, traduction du XVIIè, traduction par groupe de mots, introduction à l'oeuvre, commentaire d'Eleuthéria, de Chantal Osorio (les deux sur v. 1 - 27), de Hubert Steiner (v. 27 à 39), commentaire de Chantal Osorio (v. 40 -58)
Bucoliques, I
Le texte latin (1 - 83)
Meliboeus
Tityre, tu
patulae recubans sub tegmine fagi,
silvestrem tenui
musam meditaris avena.
Nos patriae finis
et dulcia linquimus arva ;
nos patriam
fugimus. Tu, Tityre, lentus in umbra
forosam resonare
doces Amaryllida silvas.
5
Tityrus
O Meliboee, deus nobis haec otia fecit.
Namque erit ille
mihi semper deus. Illius aram
saepe tener
nostris ab ovilibus imbuet agnus.
Ille meas errare
boves, ut cernis, et ipsum
ludere quae
vellem calamo permisit agresti.
10
Meliboeus
Non equidem
invideo, miror magis : undique totis
usque adeo
turbatur agris ! En ipse capellas
protinus aeger
ago, hanc etiam vix, Tityre, duco.
Hic inter densas
corylos, modo namque gemellos,
spem gregis, a !
silice in nuda conixa reliquit.
15
Saepe malum hoc
nobis, si mens non laeva fuisset,
de caelo tactas
memini praedicere quercus.
Sed tamen iste
deus qui sit da, Tityre, nobis.
Tityrus
Urbem quam dicunt
Romam, Meliboee, putavi
stultus ego huic
nostrae similem, quo saepe solemus
20
pastores ovium
teneros depellere fetus.
Sic canibus
catulos similes, sic matribus haedos
noram, sic parvis
componere magna solebam.
Verum haec tantum
alias inter caput extulit urbes,
quantum lenta
solent inter viburna cupressi.
25
Meliboeus
Et quae tanta
fuit Romam tibi causa videndi?
Tityrus
Libertas, quae
sera tamen respexit inertem,
candidior
postquam tondenti barba cadebat ;
respexit tamen, et longo post tempore venit,
postquam nos Amaryllis habet, Galatea reliquit . 30
Namque, fatebor enim, dum me Galatea tenebat,
nec spes libertatis erat, nec cura peculi.
Quamvis multa meis exiret victima saeptis,
pinguis et ingratae premeretur caseus urbi,
non unquam gravis aere domum mihi dextra redibat .
35
Meliboeus
Mirabar quid maesta deos, Amarylli, vocares,
cui pendere sua patereris in arbore poma :
Tityrus hinc aberat. Ipsae te, Tityre, pinus,
ipsi te fontes, ipsa haec arbusta vocabant.
Tityrus
Quid facerem? Neque servitio me exire
licebat
40
nec tam praesentes alibi cognoscere divos.
Hic illum vidi juvenem, Meliboee, quotannnis
bis senos cui nostra dies altaria fumant.
Hic mihi responsum primus dedit ille petenti:
«pascite ut ante
boves, pueri, submittite tauros.» 45
Meliboeus
Fortunate senex, ergo tua rura manebunt
et tibi magna satis, quamvis lapis omnia nudus
limosoque palus obducat pascua junco.
Non insueta graves temptabunt pabula fetas
nec mala vicini pecoris contagia laedent.
50
Fortunate senex, hic inter flumina nota
et fontes sacros frigus captabis opacum;
hinc tibi, quae semper, vicino ab limite
saepes
Hyblaeis apibus florem depasta salicti
saepe levi somnum suadebit inire susurro;
55
hinc alta sub rupe canet frondator ad auras,
nec tamen interea raucae, tua cura, palumbes
nec gemere aeria cessabit turtur ab ulmo.
Tityrus
Ante leves ergo pascentur in aethere cervi,
et freta destituent nudos in litore piscis,
60
ante pererratis amborum finibus exsul
aut Ararim Parthus bibet aut Germania Tigrim,
quam nosto illius labatur pectore voltus.
Meliboeus
At nos hinc alii sitientis ibimus Afros,
pars Scythiam et rapidum cretae veniemus Oaxen 65
et penitus toto divisos orbe Britannos.
En unquam patrios longe post tempore finis,
pauperis et tuguri congestum caespite culmen,
post aliquot, mea regna videns, mirabor aristas ?
Impius haec tam culta novalia miles habebit ?
70
Barbarus has segetes? En
quo discordia civis
produxit miseros ! His nos consevimus agros !
Insera nunc, Meliboee, piros, pone ordine vitis !
Ite meae, felix quondam pecus, ite, capellae :
non ego vos posthac, viridi projectus in antro,
75
dumosa pendere procul de rupe videbo;
carmina nulla canam ; non, me pascente, capellae,
florentem cytisum et salices carpetis amaras.
Tityrus
Hic tamen hanc mecum poteras requiescere noctem
fronde super viridi. Sunt nobis mitia poma,
80
castaneae molles et pressi copia lactis;
et jam summa procul villarum culmina fumant,
majoresque cadunt altis de montibus umbrae.
D=dactyle, s=spondee, t=trochee;
t=césure trihémimère, p=penthémimère, h=hephthémimère
Rythme césure
d d d s d s t p h dentales initiales, opposition des voyelles
s d s d d s
t p h
d s s d d t
t p
d d s d d s
t p (la penthémimère est bien marquée : pause phono-sémantique)
s d d d d s
t h
5
d d s s d t p h –BOE=1
longue (diphtongue!)
d d s d d t
p h –QU(E) ERIT apostrophé, jeu [e] et [i]
d s d d d t
t p
d s s s d t
t h bien marquée
d
s d s d s t
p h sautillant ? 1
liquide dans chaque lexème
10
d
s d d d s
p trochaïque (cf. pause) h
EQUID(EM) INVIDEO
d
s d s d s t
h marquee
d
d d s d t
p h AG(O); HANC
s
s d d d s t
p h
s
s d d d s t
(pause)
15
d
s s s d s t
p h MALU(UM
HOC
s
s d s d s t
p h
d
d s s d s
p h (pause)
s
s s d d s t
p h (pause, avec ROMAM), cf. v. 26
d s d s d s t p h (pause)
séquence remarquable : EG(O) HUIC=1 syllabe longue 20
s d d s d s t (plus marquée, vu la
fonction apposition) p h
d
d d s d s t
p h (pause)
s
s s d d s t
p
s d s d d s p h (forte, vu la
disjonction) VER(UM) HAEC TANT(UM) ALIAS
s d s s d s p h (moins forte,
vu la préposition)
25
s
d s d d s
p h (forte : ROMAM !)
s
s d s d s t
(pause) h
d
s s s d s t
p
s
d s s d s t
p (peu marquée: ET) h
s
d d d d s t
h (pause)
30
d
d s d d s
p (pause) h
s
s d s d s
h (pause)
s
d s s d s
p
d
s d s d s
p
s
d d d d s t
h
35
s
s d d d s t
h (pause)
s d d d d t p (souligné
par la disjonction avec ARBORE)
d
d s s d s t p (pause) h ? (éliminée par la pause après TE)
s s s s d s t p (pause) h IPS(A) HAEC
40 d d d s d t tp
s s d s d s ph
s s d d d s tph
s d d s d s th
d s s d d s ph
45
d d d s d s ph
s d s d d s
ph
d ds d d t ph
s d s s d s p
s d s s d s p
50
d s d s d s ph
s d s s d t
p
s s s s d t ph
d s s s d s tp
s d s s d s ph
55
d s s d d s tp
s s d s d s h
d d s d d s ph
d d s s d s p
Par H. Goelzer, chez Budé, 1ère édition :
1925
Mélibée :
couché sous l’abri d’un hêtre touffu, tu étudies un
air champêtre sur tes minces pipeaux ;
nous, nous quittons le pays et
nos douces campagnes ; nous, on nous bannit de notre patrie ; toi,
Tityre, nonchalant sous l’ombrage, tu apprends aux forêts à faire écho à
ces mots :«Amaryllis est belle.»
Tityre :
O Mélibée, c’est un dieu qui nous a fait ces loisirs ;
oui, ce sera toujours un dieu pour moi ; son autel, souvent un tendre
agneau sorti de nos bergeries le teindra de son sang. C’est grâce à lui que
mes génisses ont le droit d’errer, comme tu vois, et que moi-même je suis
libre de m’amuser à jouer sur ma flûte champêtre des airs qui me plaisent.
Mélibée :
Certes, je n’envie pas, j’admire plutôt : tant il y
a de troubles dans tout l’étendue des campagnes ! vois : ce sont
mes chèvres ; malade de chagrin , je les pousse droit devant moi, et en
voici une, Tityre, que je mène et avec bien du mal. Ici, au milieu des
coudriers épais, elle a, hélas ! laissé sur la pierre nue, après de
durs efforts, deux jumeaux, l’espoir du troupeau. Ce malheur bien souvent _
mais j’étais aveugle ! – nous a été prédit, je me le rappelle
maintenant, par les chênes atteints du feu céleste. Mais voyons : celui
qui est pour toi un dieu, donne-nous en une idée, Tityre.
Tityre :
La ville qu’on appelle Rome, ô Mélibée, je croyais dans
ma sottise qu’elle ressemblait à celle-ci, à la nôtre, où nous avons pris
l’habitude, nous autres bergers, de mener souvent les tendres rejetons enlevés
à nos brebis. C’est ainsi que je voyais les petits chiens ressembler aux
chiennes et les chevreaux à leurs mères ; c’est ainsi que je m’étais
habitué à comparer les grandes choses aux petites. Mais, en vérité, cette
ville a élevé sa tête au milieu des autres, autant que d’ordinaire les cyprès
au milieu des souples viornes.
Mélibée :
Et quel motif si important t’a poussé à voir Rome ?
Tityre :
La Liberté ! Tardivement sans doute, mais enfin elle a
laissé tomber un de ses regards sur celui qui ne faisait rien pour elle, alors
que déjà, pour la main qui me rasait, ma barbe tombait de plus en plus blanche ;
oui, elle a jeté sur moi un regard favorable, et, après un temps bien long,
elle est venue à moi, depuis que nous sommes au pouvoir d’Amaryllis et Que
Galatée m’a quitté. En effet, je l’avouerai, tant que j’étais aux mains
de Galatée, je n’avais ni l’espoir d’être libre ni le souci de mon pécule.
J’avais beau faire sortir de mes enclos mainte grosse victime, et presser de
gras fromages pour la ville qui ne paie pas cher, jamais je ne rapportais à la
maison une bonne poignée de monnaie.
Mélibée :
Voilà donc pourquoi tu étais triste, Amaryllis, pourquoi tu
invoquais les dieux ; aussi je me demandais avec surprise en l’honneur de
qui tu laissais les fruits pendre à l’arbre qui les porte : c’est que
Tityre n’était pas ici. Oui, Tityre, les pins eux-mêmes et les sources de
ces plantations t’appelaient.
Tityre :
Que pouvais-je faire ? D’une part, il ne m’était
pas permis de sortir autrement d’esclavage, et, d’autre part, il m’était
impossible de connaître ailleurs des dieux aussi prêts à m’assister. J’y
ai vu, Mélibée, ce jeune héros en l’honneur de qui nos autels fument douze
jours par an. C’est là que dès l’abord il a répondu ceci à ma demande :«Menez
vos bœufs à la pâture, comme avant, garçons ; élevez des taureaux.»
Mélibée :
Heureux vieillard ! Ainsi ta campagne demeurera en ta
possession ! Et certes l’étendue t’en paraît suffisante, bien que
tous tes pacages soient recouverts de pierres nues et qu’un marécage y mette
une bande de jonc limoneux : un fourrage dont elles n’ont pas
l’habitude ne mettra pas à l’épreuve tes brebis pleines et délicates, et
elles n’auront pas à souffrir du contact malsain avec un troupeau voisin.
Heureux vieillard ! Ici, au milieu des cours d’eau qui te sont connus et
de sources sacrées, tu goûteras l’ombre et le frais : d’un côté,
comme toujours, à la lisière du champ voisin, la haie, où les abeilles de
l’Hybla butinent la fleur de la saulaie, t’invitera souvent au sommeil par
un léger bourdonnement ; de l’autre, à l’abri d’un haut rocher,
l’émondeur enverra dans l’air sa chanson, sans que pour cela les ramiers à
la voix rauque, objet de tes soins, et la tourterelle cessent de gémir du haut
de l’ormeau.
TRADUCTION COMMENTEE,
v. 1 à 58 :
pour la préparation de la critique de la traduction
universitaire : nous sommes face ici à une traduction-fleuve, où tout est
développé : aucune obscurité ne subsiste, au point de tomber parfois
dans le commentaire ou, pire, sombrer dans de trop longues explicitations, ce au
détriment de la concision poétique et du raccourci saisissant des images
propres à Virgile. Traduttore, traditore, dit l’adage. Au reste, tout ceci
est… daté !
Mélibée :
couché (passif pour actif)
sous l’abri (perte de la métaphore : teg=couvrir,
donc toit ici, avec le –men d’outil) d’un hêtre touffu, tu étudies
(trop
scolaire, en perdant le sens artistique) un air (perte
de la métaphore) champêtre (pour silvestre=approximation
moderne !) sur tes minces pipeaux
(pourquoi ce pluriel=flûte de Pan?) ; nous, nous quittons le pays (pour
une fois, concision pour deux mots latins) et nos douces campagnes ;
nous, on nous bannit de notre patrie (perte
du parallélisme :linquimus, fugimus, malgré la reprise formelle du
nous, trompeur ici) ; toi, Tityre, nonchalant sous l’ombrage,
(curieusement, le français est ici plus concret que le latin) tu
apprends aux forêts à faire écho à ces mots
(en explétion, tout ceci pour :resonare) :«Amaryllis est belle.»
Tityre :
O Mélibée, c’est un dieu qui nous a fait ces loisirs
(lourdeur du présentatif : tout ceci sent la version latine, sans poésie
ni originalité, le sens personnel de HAEC étant perdu, et OTIUM/loisirs a évacué
actuellement tout sens spirituel) ; oui, ce (le
présentatif «ce» exprime mal le sens emphatique d’ILLE) sera
toujours un dieu pour moi ; son autel, souvent un tendre agneau sorti (ce
serait très précisément : EX) de nos bergeries le teindra de son
sang. (le traducteur a conservé l’ordre des mots,
subtilement) C’est grâce
à lui (une
construction prépositionnelle pour un verbe) que mes génisses ont le
droit (insistance
lourde que Virgile a su éviter : la traduction fait «propagande») d’errer
(ou : le droit de vaine pâture ? ),
comme tu vois, et que moi-même je suis libre (ce
n’est plus de l’insistance, c’est de l’obsession, avec double traduction
pour : PERMISIT) de m’amuser à jouer (pléonasme
très mal venu : «jouer» tout seul suffisait ) sur ma flûte champêtre
(il est mesquin de notre part de rappeler que cet
adjectif a déjà servi plus haut, mais pour traduire : SILVESTREM, ce que
tu ne pourras évoquer au bac : les deux occurrences du mot sont trop éloignées…)
des airs qui me plaisent. (encore une explétion, avec,
chez Tityre, un côté falot induit, donc incongru : le LUDERE QUAE VELLEM
le mettait au rang des créateurs – jouer ce que je veux, voire ce qui me plaît
pour insister sur le subjonctif, même s’il est dû à la présence de la
relative à l’intérieur de l’infinitive - non du banal amateur, osons
l’anachronisme, de variétés)
Mélibée :
Certes, je n’envie pas, j’admire plutôt
(assez lourd en français ; et le sens semble, vu le contexte, renvoyer
plutôt à l’étonnement) : tant il y a de troubles dans tout l’étendue
des campagnes (trop forte insistance) !
vois : ce sont mes chèvres ; malade de chagrin (adjonction
explicative), je les pousse droit devant moi
(traduction développée) , et en voici une, Tityre, que je mène et avec
bien du mal ( mots en latin… 1 » en français,
abusif, même compte tenu du pronom sujet ; la syndèse et… et provoque
un effet de radotage !). Ici, au milieu des coudriers épais, elle
a, hélas ! laissé sur (tentative par écho
d’expression de l’harmonie imitative des voyelles fermées et des allitérations
successives ; au reste, le doublement des compléments de lieu est fautif :
elle les a abandonnés dans les coudriers, après avoir mis bas, non sur la
paille d’une bergerie mais sur la dureté : SILICE, sans la protection de
la paille : NUDA, du sol en pierre) la pierre nue, après de durs
efforts (trop long, mais difficile de faire autrement
dans cette mise bas avec douleur), deux jumeaux (on
attend : des jumeaux ; le souci de précision provoque un pléonasme),
l’espoir du troupeau. Ce malheur bien souvent (
encore ces surenchérissements, avec : bien ; bizarrement, le CE
devient impersonnel, au rebours du HOC de première personne) - mais j’étais
aveugle ! (rupture brutale de la phrase, ce que ne
fait pas la conditionnelle) – nous a été prédit, je me le rappelle
maintenant, (deuxième incise en fait, là où le texte
est bien structuré, sans cassure ; au reste, 5 mots pour MEMINI)
par les chênes atteints du feu céleste (
=traduction/explication). Mais voyons (
bien familier…): celui qui est pour toi un dieu (
ou plutôt : ton dieu ; la traduction induit un scepticisme à
l’encontre de celui qui est évoqué à mots couverts, ce qui serait maladroit
chez Virgile), donne-nous en une idée, (bel
exemple de traduction expliquée, et, derechef, encore des longueurs )
Tityre.
Tityre .
La ville qu’on appelle Rome, ô (
pourquoi l’ajout gratuit de cette marque grandiloquente d’apostrophe ?
Goelzer pense en grec ?) Mélibée, je croyais dans ma sottise (ou :
sot que je suis ou – comme je suis sot - ) qu’elle ressemblait à
celle-ci, à la nôtre (en structure binaire ;
plus naturellement : à celle qui est la nôtre - en perdant le –ci,
proche de la première personne ? ), où nous avons pris
l’habitude (trop long), nous autres bergers (3
mots pour un, mais incontorunable ici), de mener souvent les tendres
rejetons enlevés à nos brebis (perte du génitif,
DEPELLERE étant coupé en deux : mener et enlevés ). C’est ainsi
(présentatif, une approximation pour la mise en valeur
par SIC… NORAM en début de vers, le parallélisme de la structure binaire,
l’allitération en s : il n’est pas interdit de se servir de ses
connaissances en figure de style pour appuyer ses remarques pertinentes…)
que je voyais (pour la syncope : NORAM, plutôt
connaître – mais le regard permet l’observation, donc, empiriquement, la
connaissance) les petits chiens (chiots ?) ressembler
(verbe pour un adjectif
) aux chiennes et les chevreaux à leurs mères (parallélisme
conservé, et ceci permet une sorte d’écho de l’anaphore de SIC);
c’est ainsi que (3ème SIC, donc cet effet de martèlement
est bien venu ) je m’étais habitué (pourquoi
ce réfléchi : un simple j’avais l’habitude suffit, et la traduction
implique une réflexion, un retour sur soi qui semble étranger au personnage
– je te rassure : un tel commentaire serait inattendu du correcteur, car
vous n’aurez pas le contexte des 3 ou 4 vers au baccalauréat ) à
comparer (peut-être préférer : rapprocher, pour
garder le sens de PONO, cf. la com-position, un des aspects essentiels de la création
littéraire, pour les Anciens : nihil novi sub sole )
les grandes choses (choses est ici acceptable,
malgré les consignes habituelles en version)
aux petites. Mais, en vérité (traduction en
double de VERUM ; automatisme «évangélique ?» ), cette
ville a élevé sa tête au milieu des autres, autant que d’ordinaire (plus
élégant que : ont l’habitude de la faire. Ou préférer : le font ?)
les cyprès au milieu (conservation du parallélisme ;
mais l’impression d’ensemble reste équilibrée alors que le chiasme :
HAEC EXTULIT… SOLENT CUPRESSI, l’inversion inattendue des verbes, la forte
disjonction entre la préposition INTER et URBES
frappent ces deux vers) des souples viornes.
Mélibée
Et quel motif si important t’a poussé (motif+si+poussé=TANTA
CAUSA ; pourquoi/pour quelle raison as-tu tellement voulu voir R. ?
qui renvoie à la longue intervention de Tityre, qui n’a pas en fait répondu
à Mélibée… ) à voir Rome ?
Tityre
La Liberté ! Tardivement sans doute, mais enfin (=TAMEN !!!)
elle a laissé tomber un de ses regards sur celui qui ne faisait rien pour elle (difficile
d’être plus prolixe ; plus de concision ici ne messiérait point !
qui a regardé, certes tardivement, quelqu’un d’inactif/un dilettante ?
Il y a sans doute moyen de trouver mieux. Il n’est pas interdit d’ouvrir des
pistes, dans ce type d’exercice . Au reste, vous ne risquez rien ! ),
alors que déjà, ( ?) pour la main qui me
rasait (laquelle ? historiquement, celle d’un
barbier de rue), ma barbe tombait de plus en plus blanche (dont
la barbe tombait plus blanche sous la main du barbier/ après que le barbier fit
tomber sa barbe plus blanche ; notons que la répétition de POSTQUAM est
perdu aussi) ; oui, elle a jeté sur moi un regard favorable (longueur…
la traduction de TAMEN par oui est floue, même s’il met en valeur RESPEXIT en
début de vers), et, après un temps bien long, elle est venue à moi,
depuis que nous sommes au pouvoir d’Amaryllis et Que Galatée m’a quitté (
le jeu sur les verbes est complètement perdu, alors qu’il y a encadrement du
v. 28, césure h en 30 et verbe à la fin ; évanouie aussi l’opposition
entre Amaryllis et Galatea toutes les deux sujet ; de plus, moi est présent
deux fois, alors qu’il n’y a que NOS). En effet, je l’avouerai (incise
élégante et bien vue ), tant que j’étais aux mains de Galatée (sens
induit…curieux ! Préférons : tant que G. était ma maîtresse ;
ainsi, Tityre reste l’objet, cf. ME ), je n’avais ni l’espoir d’être
libre (en fait, plus simplement : il n’y avait
ni espoir de liberté, voire la tournure purement nominale, possible en français
aussi : ni espoir de liberté) ni le souci de mon pécule (ni
pécule assuré ? Trop forte prégnance de la première personne, comme
plus loin ). J’avais (je mis en valeur car
MEIS en césure p ?) beau faire sortir de mes enclos mainte grosse
victime (mainte est très adéquat ; ce n’est
pas le cas de :grosse, sous-entendu), et presser de gras fromages (maint
aurait pu être conservé, car MULTA concerne aussi le fromage) pour la
ville qui ne paie pas cher (ou : insatiable),
jamais je ne rapportais à la maison une bonne poignée de monnaie (traduction
très éloignée, malgré la tentative de garder l’image avec poignée).
Mélibée.
Voilà donc pourquoi (plutôt :
je m’étonnais de ce que tu invoquasses tristement les dieux)
tu étais triste, Amaryllis, pourquoi tu invoquais les dieux (insertion
d’un parallélisme gratuit ); aussi je me demandais avec surprise (explétion
évidente) en l’honneur de qui tu laissais les fruits pendre à
l’arbre qui les porte (lourd, mais mise en évidence
pertinente de l’ablatif SUA ARBORE, cf. scansion !): c’est que (les
deux point explicatifs suffisent) Tityre n’était pas ici. Oui, (pour
l’asyndète ou les deux IPSE ?) Tityre, les pins eux-mêmes et les
sources de ces plantations t’appelaient (le
traducteur fausse complètement ici la fonction d’ARBUSTA ; la structure
ternaire est détruite ; un simple t’ pour les deux TE, frappé aussi par
l’alliteration, tout ceci est fâcheux).
Tityre.
Que pouvais-je faire (plus
classiquement traduit par un infinitif ) ? D’une part, il ne m’était
pas permis de sortir autrement (nécessaire ici pour éclaircir
le propos ; nous proposons, jusqu’au bûcher exclusivement – on n’est
jamais trop prudent, en notre société régurgitant ses intégristes, cette
dernière remarque n’étant pas PC ni licite au bac ! – Sans cela, il
ne m’était pas permis de quitte l’) d’esclavage, et, d’autre
part ( un NI aurait pu suffire, malgré la force du
NEQUE…NEC, donc : ni de connaître ailleurs des dieux aussi – osons, en
fidèle disciple des propos pascaliens : efficaces), il m’était
impossible (curieuse variation sur LICEBAT ; la
première traduction de Goelzr est plus convaincante) de connaître ailleurs des dieux aussi prêts à m’assister
(trop long : aussi proches/directs ?).
J’y ai vu, Mélibée, ce jeune héros (Bien !)
en l’honneur de qui (datif développé, à juste
titre ) nos autels fument douze jours par an. C’est là que dès
l’abord (dans ce cas : de prime abord, non ?
) il a répondu ceci (trop simplifié : il
a donné comme réponse… quand la tradcution littérale est claire, inutile
d’aller plus loin ni dans le sens du développemant ni dans celui de la
concision) à ma demande :«Menez vos bœufs à la pâture (plutôt :
faites paître vos boeufs), comme avant, garçons ; élevez (pour :
accouplez les taureaux ) des taureaux.»
Mélibée.
Heureux vieillard ! Ainsi ta campagne demeurera en ta
possession (=restera tienne et suffisamment grande
pour toi, cf. la suite, trop décalée)! Et certes l’étendue t’en
paraît suffisante, bien que tous tes pacages soient recouverts de pierres nues (habituellement,
c’est plutôt le latin qui apprécie le passif, ici gratuit ! de toute façon,
dans ce cas, la suite devrait être : et d’un marécage aux jonc
limoneux) et qu’un marécage y mette une bande (?)
de jonc limoneux (chez nous : aux joncs
limoneux ? en perdant le sg collectif ? Faut-il alors essayer :
marécage au jonc limoneux avec un effet très visuel de gros plan sur cette
plante emblématique des marais ?): un fourrage dont elles n’ont
pas l’habitude (inhabituel) ne mettra pas à
l’épreuve tes brebis pleines et délicates (=GRAVIS ?
FETAS GRAVIS – pour GRAVES, acc. archaïque – renvoie plutôt à
l’enrichissement par la descendance, sans faire entrer en ligne de compte
la… délicatesse ? superfétatoire ici) , et elles n’auront pas
à souffrir du contact malsain avec un troupeau voisin (donc :
les contacts malsains – très bien vu, avec le sens de TANGO – avec un
troupeau voisin ne les infecteront
pas). Heureux vieillard ! Ici, au milieu des cours d’eau qui te
sont connus (milieu de cours d’eau connus/familiers) et
de sources sacrées, tu goûteras l’ombre et le frais (=la
fraîcheur de l’ombre): d’un côté, comme toujours, à la lisière
du champ voisin, la haie, où (pour garder une
relative) les abeilles de
l’Hybla butinent (tournure active, vu aussi
l’accusatif de relation…) la fleur de la saulaie (saussaie,
saulaie, voire saulsaie !), t’invitera souvent au sommeil (1
mot pour deux en latin : INIRE SOMNUM) par un léger bourdonnement (perte
de la disjonction); de l’autre, à l’abri d’un haut rocher, l’émondeur
enverra dans l’air sa chanson (chantera ver les
cieux…), sans que (mise en subordination
indue) pour cela les ramiers à la voix rauque, objet de tes soins (B.),
et la tourterelle cessent (donc perte du futur, logique
suite logique du subjonctif induit) de gémir du haut de l’ormeau (bonne
harmonie pour nl’oppisition voyelles ouvetres/fermées de cette fin d’hexamètre…).
Que retenir de tout cela ? Apparemment,
pour notre traducteur: pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Un long discours en explétion et
éclaircissement des sous-entendu vaut mieux qu’un texte plus poétique, plus
léger, mais plus obscur. Fi du respect des figures de style, surtout quand il
s’agit de disjonctions, parallélisme, chiasme, harmonie imitative, allitération,
anaphore, hyperbate, extraposition emphatique, place des mots à la césure avec
le jeu des pauses sémantiques ou en début de vers ou en fin de vers. Mais la
traduction est un art fort subtil : terminons en méditant la fin du
Sylphe, de Valéry, dans son recueil Charmes (de CARMINA, vers en
latin, d’où le charme lancé par la sorcière): «Hasard ou Génie ? Aux
meilleurs esprits que d’erreurs promises».
en 1607 et en alexandrins, par les frères Robert et Antoine Le Chevalier d’Agneaux, de Vire en Normandie, édité par David le Clerc, rue Frémentel, au petit Corbeil (exemplaire personnel de H. Steiner - notre recopie modernise la graphie des accents, quand elle est indiquée ; sinon, l’orthographe est strictement respectée, compte non tenu de l’enclenchement d’automatismes professionnels…)
En avant-propos :
Argument de la I. églogue
Mélibé
délaissant ses doux champs par contrainte
Sous
l’ombrage, ocieux trouve Tityr’ chantant
Et
luy fait, étonné, de son mal-heur la plainte :
Tityr’
de son repos l’autheur luy va comptant.
La
traduction :
En
reposant, TITYRE, à l’umbrage couvert
De
cet hêtre au fueillage épanchément ouvert,
Tu
mets sur le pipeau d’une avene legere
L’air
de mainte chanson doucement bocagere.
Et
nous pauvres chetifs nous liassons loin de nous :
Les
fins de notre terre et nos villages dous :
Nous
fuyons notre terre, en saison si mauvaise :
Toi
ce pendant Tityre, en l’umbrage àton aise,
Tu
aprends aux forêts à rebruire en chansons :
La
belle Amarillide au rebat de tes sons.
TIT. C’est
un Dieu, Mélibé, qui nous a fait la grâce
De
vivre en ce repos ; aussi toujours sera-ce,
Mon
Dieu que cestuy-la, et de mes parcs souvent
Maint
agnelet ira ses autels abbreuvant.
Il
permet à mes boeus, comme tu vois, de paître,
Et
à moy de joüer d’un chalumeau champêtre
Tout
ce que je voudray. ME. Certes
je ne suis point ;
Sur
toy pour ce bon-heur d’aucune ennuie époint :
Plutôt
m’en étonné-je, étant si fort troublées
Les
affaires des champs ; voicy des-assemblées
Ces
chevrettes, cassé, je mène loin d’icy :
Et
à peine, Tityre, entre autres ceste-cy.
Car
elle a deux bessons, l’espérance plus chere
De
tout ce mien troupeau, dans l’épéceur n’aguere
De
ces courdes laissez, nus sur la dureté. (laissés naguère dans l’épaisseur
de ces coudriers)
Las !
d’une froide roche, où elle a chevroté.
Aussi
me souvient-il, sinon qu’abandonnée
J’ay
eu l’âme au rebours à malheure tournée
Que
les chênes frappez du Ciel auparavant
M’ont
de cette disgrace admonesté souvent :
Et
que souvent aussi gauche me l’a pareille
D ‘un
yeuse mangé préditte la Corneille.
Mais
cependant, Tityr ‘, au moins enseigne-nous,
Qui
peut être ce Dieu, qui t’a été si dous.
TiT. La
ville Mélibée, que l’on appelle Rome,
Peu
sage que j’estoy, je pensois être comme
La
ville, où nous soulons entre nous pastoureaux
Souvent
ôter le lait à nos tendres agneaux,
Ainsi
je mesuroy’ les leurons à leurs peres,
Ainsi
je mesuroy’ les cabris à leurs meres,
Aux
grandes choses, fol, les petites ainsi
Je
soulois comparer : mais enfin cette-cy
Eleve
autant dessus toutes autres ses cornes
Que
font les hauts Cyprez sur les humbles viornes,
ME.
Et qu’elle chose peut t’avoir tant incité
D’aller
visiter
Sur moy lache et pesant, de l’heure que chenuë
Sous le rasoir ma barbe à tomber commença
Tant y a que sur moy la veuë elle dressa,
Et finalement vint après un long espace :
Receu que je me vi d’Amaryllide en grace,
Je fu de Galatee aussi tôt dégagé :
Car (à dire le vray) cependant qu’assiegé
Me tenait Galatée, oncques je n’eu courage
D’esperer liberté, ny soucy de menage :
Et bien que maint agneau sortit gras de mes parcs,
Pour en estre le sang en sacrifice épars :
Et bien que maint fourmage je misse aussi en presse
Pour à la ville ingrate en faire part, si est-ce
Que d’un tout seul denier en aucune saison,
Ma main ne retournait chargée à la maison :
Me. Aussi m’ébahissois-je a quoy de pleurs humide
On te voyait recourre aux Dieux, Amaryllide ;
Pour qui dans leur pommier tu souffrois languissan
Pendre à bas tant de fruit : Tityre estoit absent :
Les pins même, Tityre, et même les eaux vives,
Même leurs arbrisseaux t’appelloient sur leurs rives.
TIT :Qu’eusse-je fait, douteux ? ne pouvant ny sortir
Du servage où j’étois, ny autre part sentir
Les Dieux à mon secours si à propose encore,
Là, Mélibé, je vi ce Jouvenceau, qui ore
Fait fumer nos autels tous les ans douze fois.
Là tout premier response il rendit à ma voix :
Enfans, paissez vos bœufs, comme vous souliés faire,
Et
couplés vos toreaux souz le joug ordinaire.
ME : Doncques, heureux vieillard, tu demeureras coy
Possesseur de tes champs, voire assez grands pour toy :
Bien qu’un rocher desert par tout les circüisse
Et qu’autour des pâtis un maresc se herisse
De limoneux jonchers : là pour d’herbes changer
Chevres ny Brebis prains ne seront en danger :
Là les troupeaux gâtez du prochain voisinage
Par leur contagion ne porteront dommage.
Heureux vieillard, icy tu cueilleras auprès
Et des fleuves hanté et des sources le fres :
D’un costé tu auras pour devise la haye,
Ou suççotant les fleurs de la belle saussaye
Les esseims Hybléens d’un bourdonnement dous
Flateront le sommeil, d’autre costé dessous
La pente d’un rocher, l’émondeur du branchage,
Aux airs dégoisera les airs de son ramage
Cependant enroüés les ramiers, ton soucy,