Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut
I - Genèse de M. L.
On ne connaît actuellement l’auteur, l’abbé Prévost,
que par cette œuvre alors que ce fut un polygraphe : en attestent simplement
les 6 tomes des Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré
du monde qui précèdent notre… extrait… ou le Cleveland.
On peut donc être tenté d’en donner une biographie,
comme si elle pouvait à elle seule expliquer l’œuvre et son succès… Mais cette
dernière s’inscrit aussi fortement dans son époque ; de même, elle n’est pas
étrangère à un processus de création hautement maîtrisé…
1) Sources anecdotiques ou historiques de M. L.
:
Ce chef-d’œuvre n’est pas apparu ex nihilo : le Journal
de la Cour et de Paris du 12 octobre 1733 laisse entendre que ce texte
faisait «jouer à des gens en place des rôles peu dignes d’eux». C’est laisser
la part belle à la recherche dans ce qui serait un roman à clés (rp), bien dans
le goût du temps… Qu’en est-il ?
A) les personnages secondaires :
q Les maisons de jeu tenues par de grands seigneurs, comme
l’Hôtel de Transylvanie, ont bien existé. Ainsi, François II Rakoczi serait le
prince de R du roman, ce qui reste purement anecdotique, puisque ce prince –
qui ne joue aucun rôle dans l’intrique, n’était pas présent à Paris mais à
Clagny, pour être plus prêt de la cour, jusqu’en… 1714 ; en 1716, les officiers
du prince quittèrent l’hôtel qui fut donné à bail à un valet de pied du duc
d’Orléans ; au reste, cette date de 1714 est en contradiction avec la période
de déportation à la Nouvelle Orléans…
q Le garde du corps, Lescaut, est un personnage-type, loin
d’être inventé.
q Ajoutons que G. M. pourrait être la siglaison des initiales
du baron Elizée Gilly de Montaud, fermier général (rp) en 1720 seulement,
directeur, à ce titre, de la Compagnie des Indes et chargé spécialement de la
Louisiane. Sa position pouvait lui faciliter la procédure sommaire utilisée
pour déporter Manon, même si, dans l’édition originale de 1731, le même
personnage s’appelle M. G. (ou serait-ce un leurre ?).
q Et M. de T. Ne serait-ce point Charles de Trudaine de
Montigny, devenu en 1720 également? Prévôt des marchands (rp) et, à ce titre,
administrateur (rp) de l’Hôpital (rp). Son fils, Daniel-Charles, né en 1703, a
eu sans doute ses entrées dans l’établissement, d’où l’aide qu’il a pu apporter
à nos deux tourtereaux… Quoi qu’il en soit, à supposer que Prévost ait eu en
ligne de mire de tels hauts personnages, ceci ne prouve en rien les turpitudes
que le roman leur prête…
B) les personnages principaux (ou protagonistes,
au sens non étymologique du terme !)
Tiberge : le nom peut-être, si tant est que Louis
Tiberge, abbé d’Andrès, directeur du séminaire des Missions Etrangères, un
pieux ecclésiastique, ait pu inspirer le personnage du roman, alors que le
premier, mort en 1730, aurait été, douze ans plus tôt, séminariste débutant ?
Des Grieux ? un Charles-Alexandre de Grieux, né en
1690, mort en 1769 ? Mais dans ses Mémoires d’un Homme de qualité, Prévost à
mis en scène sous leur nom des personnages plus ou moins publics, morts depuis
peu et souvent étrangers. Nous sommes loin de cela avec ces deux personnes, peu
connues et contemporaines de l’auteur ! On a pu voir en un certain René du
Tremblier, né à Angers, qui se faisait nommer Avril de la Varenne, l’original
de des Grieux, tout du moins en Louisiane, avec une femme Froget : arrivés en
Louisiane, ils se donnent pour mari et femme, alors que la femme Froget a eu 3
enfants, laissés en France, de son… véritable mari ? Parti pour affaires chez
les Illinois (ça ne s’invente pas !), La Varenne est trompé par sa femme, avec
son… patron (qui avait déjà aidé cette dernière à s’enfuir des prisons de
Nantes !) (C’est mieux que TF1, quand tu nous tiens !Merci Loana !). Certains
vont jusqu’à prétendre que l’abbé Prévost aurait rencontré un convoi de ce
type, mais en… 1728, alors qu’un arrêt du Conseil du 9 mai 1720 supprime les
départs pour la Louisiane des pensionnaires de la Maison de Force
Lescot ou Lescaut, est fréquent dans la bourgeoisie
parisienne du temps… Et Manon ? On en trouve au moins un avatar : une certaine
Antoinette, dite Toinon, orpheline de sa mère et en fugue, eut une fille bien
nommée Marie-Madelaine, dite Manon, d’un nommé Aydou, échappé des galères.
Récupérée par son grand-père qui l’éleva de son mieux, sa mère la fit enlever
à12 ans par un soldat du régiment des gardes, son premier amant fut
Louis-Antoine de Viantaix, âgé de 21 ans, fils d’un conseiller au présidial de
Besançon. Ce dernier enleva à son tour celle Qu4il appelait sa femme. Fille,
mère et amant de se chamailler jusqu’à ce que le grand-père y mette le holà
avec un placet qu’il adresse au lieutenant de police, en sollicitant une lettre
de cachet pour faire enfermer Manon pour sa vie, et en demandant le secret de
peur de représailles de l’amant ainsi déconfit… A 14 ans (sic !) Manon Aydou
est enfermée à la Salpêtrière. L’amant s’obstine (ah ! l’amour !) : il supplie
le grand-père de lui laisser épouser sa Manon, accumule démarche sur démarche
et finit par se retrouver relégué à Besançon où, assagi, il se marie et finit
en respectable vieux soldat. Et Manon ? Une première demande de mise en liberté
échoue en 1724 malgré la mort du grand-père. 3 ans plus tard, la Supérieure la
lui refuse, à cause de «sa grande corruption, même dangereuse avec son sexe».
Et elle n’en sort qu’en 1731, soit 10 ans plus tard, sur l’intervention
inattendue du Chevalier de Sarrobert, capitaine des chasses du duc de Bourbon,
lui-même ancien premier ministre. Il serait insultant de relever toutes les
rencontres entre cette aventure et celle de Manon et de son chevalier : pour
mémoire, comme l’héroïne du roman, Manon est d’origine bourgeoise, elle est
jolie à ravir, elle est au moins partiellement victime de son milieu. De
Viantaix est cadet de famille, tournant à l’aventurier, et consent, malgré son
amour sincère, à vivre de sa maîtresse, donc un greluchon. C’est bien montrer
de façon éclatante la vérité sociale et psychologique de ce roman.
C) Realia :
q Les filles de mœurs légères qui n’appartenaient pas à un
théâtre – cf. Jenny Colon 1 siècle plus tard ! – pouvaient être enfermées à
l’Hôpital, à la discrétion de la police : à côté de leurs fonctions publiques
d’hôpitaux pour les incurables et de maisons de retraite, ces établissements
servaient aussi de lieu de détention pour les mendiants, les vagabonds ou les
femmes de mauvaises mœurs, en fait tous les marginaux – les H. P. en sont la
suite logique ! En 1719-1720 des convois de ces prisonnières furent envoyés au
«Mississipi», pour peupler cette colonie… Cela avait déjà été le cas pour le transport à Cayenne ou aux
Antilles (ah ! les îles !) de filles
tirées des hôpitaux généraux du royaume pendant le XVII (cf. double règlement
de Colbert en 1684) ; Ce mode de peuplement fut appliqué à la colonie du
Mississipi plus tard, pour un temps limité. Différents convois partirent pour
la Louisiane, tous à partir de Rochefort, sauf un à partir du Havre, le 27
mars… 1720 : 24 voitures, 140 captives (soit comme dans le roman, 6 par voiture
!). Notons que la plupart sont entrées à La Salpêtrière pour débauches, ou
débauches et ivrognerie, donc par sentence de police mais qu’une petite partie
est déportée à la requête de leur famille ou de quelque personnage influent.
Dans ce cas, il y a eu enquête et avis du lieutenant de police pour que cette
demande soit satisfaite. ! C’est la procédure adoptée à l’encontre de
Manon. Encore plus fort : une trentaine
d’archers commandés par un lieutenant de robe courte constituaient l’escorte.
Des jeunes gens montés sur plusieurs carrosses
accompagnèrent le convoi à sa sortie de paris. A la première étape,
quelques gardes du corps firent évader 6 femmes, dont Marie-Antoinette Néron,
qui devint la maîtresse de Cartouche et qui fut pendue avec lui. On voit
combien Prévost a respecté – souci rare à son époque – la vérité historique de
son temps.
Les mœurs et les realia (réalités) présentés sont donc bien ceux de la régence,
et du «Système». Mais on ne voit en quoi ils peuvent être à la source des
situations, à fortiori des sentiments décrits dans le roman
2) sources autobiographiques :
l’abbé Prévost est né le 1er avril 1697 à Hesdin, en Artois,
dans un milieu bourgeois, comme ceux
aisés du temps en passe d’accéder, via les charges de judicature à la
petite noblesse de robe ; 2 de ses frères entrèrent dans le clergé, les deux
autres furent magistrats. Antoine-François
hésita longtemps entre la profession ecclésiastique et le métier des
armes ; on lui appliqua ce vers de la Henriade de Voltaire :
«Il prit, quitta, repris la cuirasse et la haire.»
A la mort de sa mère, en 1711, son père le mit au collège des Jésuites d’Hesdin, où
il fit sa rhétorique (=1ère). Il les quitte pour s’engager pendant la guerre de la
Succession d’Espagne, terminée en 1713 par le traité d’Utrecht. Il fait, à la
fin de cette guerre (avril 1713) une seconde année de rhétorique. Il entre chez
les Jésuites en 1717, à La Flèche, comme élève de logique, première année du
cours de philosophie. Au bout d’un an, de petits écarts de jeunesse. Derechef,
un second noviciat, puis un passage à l’armée, un séjour en Hollande, car
craignant les remontrances d’un père tendre, mais rigide. Puis, dans le Pour et
Contre :
«La malheureuse fin d’un engagement trop tendre me
conduisit au tombeau : c’est le nom que je donne à l’ordre respectable où
j’allai m’ensevelir», donc chez les
Bénédictins de Saint-Maur en 1720, à Jumièges, avec profession de foi en 1721.
Sachant que l’action de Manon se situe entre 1719-1720, il est tentant de voir
dans cet engagement sentimental l’origine de sa trame. Il se fait appeler le
Prévost (cf. la dilection de Prévost pour les pseudonymes), mais formule ses
vœux, selon lui avec «toutes les restrictions intérieures qui pouvaient
l’autoriser à les rompre» ! On retrouve ici le comportement cher au Chevalier,
qui n’est jamais en peine d’une excuse, d’une tergiversation, d’un ergotage
pour se disculper et refuser de regarder sa vérité en face. Quoi qu’il en soit,
il passe à l’abbaye de Saint-Ouen, puis au Bec, pour y étudier la théologie.
Ceci ne l’empêche de collaborer, apparemment à un écrit satirique (rp) : Les
Avantures de Pomponius, chevalier romain, ou l’histoire de notre tems, en
1724, où il apprécie le Régent (rp), excuse le sentiment amoureux, prône la
prééminence de la forme sur le fond… Ordonné prêtre ;en 1728, il entre au
monastère bénédictin de Saint-Germain des Prés. Collabore au tome V de la Gallia
Christiana. Entre-temps, il rédige et obtient du Garde des sceaux la
permission d’éditer les deux premiers tomes des M. d’un H. … Et il quitte son abbaye. Pourquoi ? «Las
d’un joug dont je ne m’apercevais pas, je pris l’occasion d’un petit
mécontentement que je reçus du R. P. général et de quelques facilités qui me
furent offertes pour le secouer tout à fait». Son mécontentement ? La suspicion
dont on l’entourait dans sa congrégation : trop brillant, trop couru, trop
connu. Les facilités ? L’abbé Prévost fréquentait le salon de Mme de Tencin,
elle-même ancienne moniale relevée de ses vœux par un bref pontifical (rp)
(mais non fulminé, c’est-à-dire rendu public et valide en France, église
gallicane). Un érudit bénédictin soutient que Prévost obtint l’octroi d’un bref
de translation qui lui permettait de rejoindre le clergé séculier, en quittant
le clergé régulier, de façon canonique. Rien n’est moins sûr. Mais c’est
peut-être le cas, puisque Prévost semble avoir attendu dans sa famille les
effets de sa démarche. Les Supérieurs de la Congrégation de Saint-Maur
demandent dans un placet (rp) au Lieutenant de police l’arrestation du défroqué
(rp)., l’ordre d’arrêter Prévost et de le conduire en prison est expédié à la
police. Prévost touche de ses libraires de l’argent pour son manuscrit des
tomes III et IV des M. d’un H. Et il se réfugie en Angleterre, tout en se
convertissant au protestantisme. Par opportunisme ? L’abbé Prévost de toute façon ne s’embarrasse pas de querelle
religieuse ni d’inquiétude métaphysique. C’est tout juste s’il semble professer
un christianisme éclairé. Prévost mit peut-être à profit ce premier séjour en
Angleterre pour écrire M.L. Sans s’oublier, comme le montre l’auteur inconnu
des Mémoires du chevalier de Ravanne : Prévost a été précepteur de
Francis Eyles, fils de John Eyles, ancien directeur de la Banque d’Angleterre
et sous-gouverneur de la South Sea Company – on retrouve cet entregent chez des
Grieux. Apparemment, il en profite pour conter une fleurette assez poussée avec
la fille de son protecteur, qui la marie, pour éviter un plus grand mal, avec
un grand seigneur et fait passer Prévost en Hollande, chargé de présents. Ce
dernier fait éditer en 1730 les 4 premiers tomes des M ; d’un H. par la
Compagnie des Libraires d’Amsterdam. Il éprouve une grande passion pour une
femme Lenki Eckhardt («une véritable sangsue, qui avait épuisé la plupart de
ses amants», d’après Ravanne ; femme mûre, ancienne maîtresse d’un colonel
suisse, dont elle avait eu plusieurs enfants : on est loin ici du portrait de
la véritable Manon, ce d’autant plus que sa connaissance des hommes poussait
Lenki à une jalousie féroce (# fidélité
du cœur), tout en poussant Prévost à écrire page sur page pour qu’il défraie le
couple de ses dépenses par un travail de forçat), pour laquelle il commit des
délits dont l’un passible de la peine de mort (un faux billet à ordre) ; notons
que ses relations avec cette dernière ne prirent un tour dramatique qu’à partir
de fin 1732, avec dès le début de leur liaison (fin mars 1731), des besoins
d’argent pressants : trait commun avec Manon, outre l’impact sexuel, cette dame
ne peut vivre sans argent.. Or tout prouve que M. L. n’a pu être livré à
l’impression plus tard que février 1731… Au reste, c’est une ironie de la création littéraire que de voir un
créateur faire preuve de prescience, une sorte de vision prémonitoire, en
affectant un de ses personnages de traits de caractère dont il éprouvera
l’effet pernicieux à titre personnel…. Ceci corrobore la forte inscription dans
le réel de ce roman. Prévost repart en
Angleterre (1733) comme précepteur, en laissant des dettes, et avec l’avance de
ses libraires sur des productions promises ! C’est là qu’incapable de subvenir
aux besoins de Lenki (désireuse de se caser comme dame de compagnie d’une dame
de distinction – rêvez, Mlles !), il falsifie une lettre de change ;
heureusement pour son cou, la victime, le chevalier Eyles (!) retira sa
plainte. Echaudé, il retourne en France, faire d’abord pénitence : il refait
son noviciat au monastère de la Croix-Saint-Leufroy. Son bref de translation
est enfin fulminé. Il devient aumônier du Prince de Conti début 1736. Des
bruits peu complaisants courent sur sa remise en ménage avec Lenki ! Finalement, Prévost se retire à… Chaillot,
et accomplit le rêve de des Grieux après la première trahison de Manon. Prévost
mourut d’une rupture d’anévrisme en revenant de dîner chez des religieux… Il
fut enterré comme bénédictin !
3) sources littéraires : les précurseurs.
Daniel Defoe, avec le réalisme indiscret dont il fait
preuve dans sa Moll Flanders, le roman d’une courtisane, a servi
d’antidote à Prévost contre le virus du ton noble du roman de tradition
française, tare dont souffre les M. d’un H.
Les Illustres Françaises de Robert Challes, puisque Prévost
reprend le même type de titre : Histoire de M. de X et de Y (une
roturière, appelée par son prénom) ; des Grieux rentre dans la même classe que
les des Prez, des Rouais, des Frans, et la première héroïne des sept histoires
se nomme Manon Dupuis (à ce propos, là où le texte français évoque le
ressentiment de des Ronais qui croit sa Manon infidèle, par une courte phrase :
«j’estime vos faveurs à l’égal de celles des courtisanes», la traductrice en
anglais, une protestante réfugiée, Mme Aubin ajoute: «ingrateful, deceitful
Manon…» : on retrouve bien les accents passionnés chers à Prévost : «infidèle
et parjure Manon (…), fille ingrate et sans foi»). Nous relevons toute une
série de coïncidence s entre le recueil de Challes et le roman de Prévost, cf.
de M. des Prez et mlle de l’Epine, prénommée Madeleine. Ils se marient
secrètement. Mis au courant, le père, rigoureux, fait transférer son fils à
Saint Lazare. La jeune fille, enceinte, se retrouve parmi les filles perdues à
l’hôpital, où elle succombe en mettant au monde un enfant mort-né. Et le jeune
homme raconte avec émotion cette histoire, deux ans après l’événement, comme
des Grieux : comme lui, il nous fait part de son désespoir et de sa rage au
moment où, arrêté, il ne peut aider son aimée.
Comme le père de des Grieux, le père de des Prez est indulgent pour son
fils mais intraitable sur le chapitre des mésalliances. L’histoire suivante, Histoire
de Monsieur des Frans et de Silvie présente un caractère féminin proche de
celui de Manon. Lors d’une scène de jalousie, Des Frans accable Silvie de ses
mépris. Mais elle se jette à ses genoux :»Que voulez-vous, perfide ?… Je jetai
les yeux sur elle dans ce moment ; je me perdis. Elle était encore à mes pieds,
mais dans un état à désarmer la cruauté même. Elle était tout en pleurs ; le
sein qu’elle avait découvert, et que je voyais par l’ouverture d’une simple
robe de chambre, ses cheveux qu’elle avait détachés pour se coiffer de nui (…)
et qui la couvraient toute ; sa beauté naturelle que cet état humilié rendait
plus touchante, ne me firent plus voir que l’objet de mon amour et l’idole de
mon cœur. Le puis-je dire sans impiété ? Elle me parut une seconde Madeleine.
(…)j’étais dans un état d’insensibilité qui, tout vivant que j’étais, ne me
laissait pas plus de connaissance qu’à un homme mort… Il finit par retrouver
son meilleur ami dans son lit, un jour qu’il rentrait voir Silvie sans l’avoir
prévenue (une leçon de vie pratique à méditer !) . Tout se terminera
tragiquement : Silvie se laissera mourir dans un couvent… Enjouée, amoureuse
des plaisirs, double, inconstante et volage, elle préfigure Manon, alors que
des Grieux aura des accents que ne rejetterait pas des Frans.
4) l’histoire, un genre littéraire relevant de
critères précis, avec une structure externe:
a) un encadrement : Vers 1670, le public se
détourne brusquement du romanesque et du merveilleux pour exiger des récits
d’aventures, non seulement vraisemblables, mais encore que l’on faisait passer
pour vraies. Prolifèrent alors des genres prétendument historiques : Mémoires,
nouvelles historiques (cf. La princesse de Clèves), relations… la veine reprend
celle de Boccace, avec son Décaméron et ses nouvelles amoureuses, comme
l’Heptaméron de Marguerite de Navarre. Mais notons la présence d’un
encadrement : une trame supporte les différentes histoires. En fait, une
histoire se trouve fréquemment insérée dans un roman ; elle est contemporaine,
sérieuse, mais non historique, tragique quoique se déroulant parmi des
personnages de condition moyenne. Et Prévost reprend cette technique : il place
son histoire dans un recueil nettement plus vaste, mais de façon autonome : à
la fin des Mémoires d’un Homme… ; il économise ainsi la présentation de
l’histoire, avec un introducteur honorable, qui confère à ce récit toute
l’autorité que le marquis de Renoncour
possède par son âge et sa grande sagesse : ce dernier est le garant de
la véracité de ce qui est dit et induit un préjugé favorable à l’endroit des
deux héros.
b) L’existence d’un narrateur ; donc au lieu
d’un auteur omniscient et lointain, le lecteur est confronté à un simple
conteur, soumis aux besoins communs, comme la nécessité du repos ou de se
restaurer (cf. le souper qui coupe le récit), qui commente l’histoire, se
permet des effets d’annonce, qui a le droit à l’erreur et à l’ignorance de
faits dont il n’a pas été le témoin direct, qui peut hésiter sur les motifs secrets
qui poussent les autres. Le choix par Prévost d’un narrateur partie prenante,
voire essentielle, des actes décrits permet aussi de doubler l’émotion, puisque
le narrateur la revit en même temps qu’il l’évoque…
c) L’oralité du texte : là où le roman traditionnel
est noble, où les Mémoires ont un ton grave, car ils relèvent de l’Histoire,
l’histoire bénéficie d’un style naturel et familier, voire relâché, ce qui
augmente d’ailleurs sa crédibilité ! L’impression de jaillissement spontané du
texte est due à la présence douloureuse du narrateur qui donne toute leur
résonance à des phrases toutes simples, comme à un vocabulaire qui l’est tout
autant. Un autre effet est de limiter les dimensions de l’ouvrage alors que
Prévost est un polygraphe, élégant certes, mais très verbeux !
5) Après le contenant, le contenu :
Challes : ce sont des vérités qui ont leurs règles
toutes contraires à celles des romans :
a) le temps : les faits racontés dans les
histoires sont contemporains, situés dans un passé proche, au rebours du roman
classique qui se situe volontiers dans des époques reculées. Donc, ici, souvent
20 ans entre le récit tenu et la publication de l’ouvrage, le récit lui-même
portant sur des faits passés un an, au max. 5 ans plus tôt, pour une période
d’environ 5 ans… [le temps d’un amour, à l’époque où l’espérance de vie commune
dans un couple est statistiquement de 8 ans (31 ans actuellement ;donc, parler
de décadence vu le nombre de divorces actuellement est… faux ! Soit l’homme
mourait à la guerre, soit la femme s’éteignait en couches] En fait, le rapport
avec les événements historiques en tant que tels peut être approximatif, mais
la chronologie interne de l’histoire se doit d’être irréprochable, pour rester
crédible…
b) les lieux, le cadre : français, de préférence
parisien. Les divertissements de Challes (bals masqués au Carnaval, collations
chez un limonadier, partie de campagne aux portes de Paris) sont transformés en
spectacles d’opéra ou de comédie, le milieu bourgeois est remplacé par celui de
l’argent interlope et du plaisir. Paris est à la fois menaçant et complice dans
M. L.
c) l’intrigue :
le récit d’un amour contrarié et de ses conséquences pour la destinée du
couple : le narrateur évoque brièvement sa jeunesse, pour en arriver à la
première scène attendue : celle de la rencontre, avec son coup de foudre, puis
les obstacles qui ne manquent pas de se mettre rapidement en place. Le ton est
souvent celui de l’histoire tragique, qui équivaut à l’époque à nos faits
divers. Le dénouement, heureux ou non, est amené par la fatalité, le destin qui
conduit les personnages.
II – signification de M. L.
1) bilan :
Montesquieu : «le héros est un fripon et l’héroïne
une catin». C’est la réalité : des Grieux, sous ses grands airs vertueux, est
un assassin, un tricheur, un peu souteneur, à la limite du greluchonnage. Manon
est une fille entretenue qui vend ses faveurs au plus offrant, même si elle
essaie, pour complaire à son amant, de toucher le prix sans livrer la
marchandise… Mais pour nous ce fripon reste honnête et cette catin conserve sa
pureté. En fait, «il y a bien de l’art à intéresser aux infortunes de deux
semblables personnages».
2) Comment ?
a) L’auteur suscite en nous de la sympathie pour
les héros, en n’intervenant jamais : les dehors sont faussement objectifs.
Avons-nous conscience que notre jugement sur Manon nous a été imposé par le
marquis de Renoncour, dès la première rencontre : «sa vue m’inspira du respect
et de la pitié», alors que Manon, en fait, a mérité – elle au moins – ce
traitement ! Tout ce qu’elle fait nous est présenté par un des Grieux encore
amoureux ! Et quel impact sur autrui ! Tout le monde, sinon y passe, du moins
est touché par ce personnage «charmant, jeune, traînant tous les cœurs après
soi», Racine, Phèdre, II, 5. Nous nous faisons une image secrète de
Manon puisque, comme de juste, le narrateur n’a aucune raison de la présenter
au marquis de Renoncour puisqu’il l’a
déjà vue ! charmante, aimable, sa beauté, oui ! C’est une création du lecteur,
nous avons une connaissance lyrique de Manon. Et le couple est ravissant : le
gardien de Manon à la prison de l’hôpital est prêt à tous les risques pour
faire évader Manon !
b) La société qui les entoure est sans morale :
cf. le frère de Manon, et la longue tirade à son père qui lui rend visite à la
prison du Châtelet, son mépris affiché pour la civilisation occidentale devant
Manon quand il le retrouve dans le convoi. Mais ce ne peut être que des
circonstances atténuantes.
3) Pourquoi ?
a) des Grieux : En fait, Prévost prêche une morale
de l’irresponsabilité. Manon trompe pour la troisième fois son chevalier ? Elle
pèche sans malice, elle est droite et sincère. La casuistique (rp) est à
l’œuvre : c’est l’intention qui compte ; ce qu’on appelait chez les jésuites la
direction d’intention. Des Grieux se disculpe par ex. de son assassinat, car il
est dans un cas où la nécessité justifie, pour sauver, non sa vie, mais un bien
tout aussi précieux : sa liberté. Soyons clair : en stricte théologie morale,
l’intention morale, constitutive de l’acte, demande chez celui qui la conçoit
une pleine liberté de manœuvre ainsi qu‘ un jugement éclairé sur la valeur de
l’action envisagée. Or, le Chevalier agit toujours sous la pression des
événements : il n’a jamais le choix, il se conduit, dixit le Lieutenant général
de Police, avec «plus d’imprudence et de légèreté que de malice», comme Manon
d’ailleurs : «légère et imprudente». Ils sont jeunes ; il n’y a pas d’intention
perverse, claire et bien arrêtée de mal faire. Au reste, comment juger autrui,
qui nous restera définitivement opaque ? comment être totalement informé des
véritables intentions qui donnent sens aux actes ? Il y a un abîme entre ce que
l’on est et ce que l’on fait(cf. l’excuse enfantine : «j’ l’ ai pas fait
exprès» relève de la même manœuvre dilatoire et spécieuse !) , et ce scandale
est significatif de la condition humaine. Pour Prévost, il faut juger les gens
sur ce qu’ils sont – et tous le montrent, Renoncour, comme le Supérieur de
Saint-Sulpice – et non sur ce qu’ils font. Comme Dieu ? Sonder les reins et les
cœurs, saisir l’essence de l’être, en faisant abstraction des accidents de son
histoire, d’où l’importance de la sincérité… vraie, avec les mots : nature,
naturel, naturellement. Les cœurs sensibles communiquent directement, et
l’intelligence raisonnante ne peut, par le langage, rendre compte de notre
singularité, qui fait de nous un être d’exception : en fait, le sentiment est
irréductible et incomparable et chercher à l’exprimer est tenter de faire
passer de l’inconnu au connu, ce qui est impossible ! Et le sentiment d’amour
est le plus doux des plaisirs : ainsi, des Grieux, après toutes ses
tribulations : «Pourquoi nommer le monde un lieu de misères, puisqu’on y peut
goûter de si charmantes délices ?» Il y a une religion de l’amour, et la quête
de Manon s’apparente aux exercices ascétiques des saints… «L’amour est une
passion innocente», mais «leur faible est de passer trop vite» ; c’est là le
scandale humain. A Tiberge (puisqu’il sait intellectuellement, raisonnablement,
qu’il doit cesser d’aimer Manon) : «Je reconnais ma misère et ma faiblesse.
Hélas ! oui, c’est mon devoir d’agir comme je raisonne ! Mais l’action est-elle
en mon pouvoir ?». Des Grieux est trop faible face à son désir, sa passion.
b) Manon : elle, elle a son «penchant au
plaisir», avec l’angoisse de manquer d’argent qui lui gâcherait tout si elle ne
faisait pas le nécessaire avec son corps pour la calmer : «elle aimait trop
l’abondance et les plaisirs pour me les sacrifier». Et des Grieux est conscient
qu’il ne peut réformer sur ce point
celle qu’il aime, car la constance de cette dernière est de céder. Comme si son
corps lui était étranger ; au reste , le plaisir d’amour est un parmi d’autres,
et elle ne comprend pas plus des Grieux que des Grieux ne la comprend : «la
fidélité que je souhaite de vous est celle du cœur» : c’est la différence entre
l’amour-passion exclusif, et le goût affectueux et tendre pour un autre, auquel
on s’abandonne quand les autres besoins sont assurés. En fait, les deux amants
ne sont pas sur la même longueur d’onde, d’où l’impression qu’a des Grieux
d’être face à un animal aux réactions incompréhensibles. N’y a–t-il pas en lui
une tentation de bestialité ? Comme le pensait Barbey d’Aurevilly…
c) La fatalité : Pour reprendre la théologie de la Grâce, des Grieux ne reçoit pas
une grâce efficace, il en manque et est emporté par sa passion. Mais Dieu a peu
à voir ici : il s’agit plutôt de fatalité astrologique : «par quel funeste
ascendant on se trouve emporté tout d’un coup loin de son devoir», voire destin
héréditaire quand il dit à son père : «se peut-il que votre sang, qui est la
source du mien, n’ait jamais ressenti les mêmes ardeurs ?». En fait, le Péché
originel nous conserve la liberté, ce n’est pas le cas de des Grieux : sa passion
extraordinaire relève de la fatalité
antique. Au reste, dans l’édition de 12753, Prévost laïcise son héros, qui
oublie bien vite les leçons et le vocabulaire du séminaire…En fait, tout se
passe comme si toute doctrine servant à disculper le héros était bonne à
prendre ; ainsi la doctrine janséniste de la faiblesse de l’homme, voire la
misère de l’homme sans Dieu, chère au pascal des Pensées es-elle même reprise
par l’abbé des Grieux. Pour finir, la délectation n’est victorieuse et
n’emporte le cœur que si la volonté abdique…
En fait, des Grieux relève de la tradition tragique :
«fatal, funeste» sont scandés de façon obsédante… le langage de la tragédie
affleure, sans que ses outrances soient senties comme telles, vu, encore un
fois, la présence du narrateur. Il est victime de la malignité du sort, ce qui
n’est pas une notion chrétienne . Et l’amour l’excuse, en bon héros tragique,
il est la première victime des maux qu’il cause, et ses fautes, pour basses
qu’elles soient, ne sont pas vulgaires et ne méritent pas le mépris : «les
mauvaises actions du héros», note Montesquieu, «ont pour motif l’amour qui est
toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse.».
Le dieu de des Grieux est bien l’amour : son mépris
pour Manon volage ne le détruit pas, il est plus fort que tout : «Elle me tient
lieu de gloire, de bonheur et de fortune». N’évoque-t-il pas «la honte et
l’indignité de [s]es chaînes ? «. c’est la vieille éthique de la gloire, que
celle du sentiment remplace, sous nos yeux… Comme à plaisir, Prévost roule le
monde tragique et ses sentiments dans la réalité la plus basse, celle du roman
picaresque (rp) fait d’intriques inavouables et d’incidents qui rebondissent :
2 enlèvements, 5 vols ou tentatives, 2 meurtres, un incendie, 4
emprisonnements, 1 séquestration, 1 déportation, 1 fuite dans le désert, etc.
la tragédie quitte l’Olympe et la cour pour les bas-fonds de Paris. Il y a là
un effet burlesque, mais sans effet parodique : c’est en chemise que des
Grieux, surpris avant de se mettre au lit avec Manon dans le lit du fils G. M.
, se targue de son sang noble : c’est bien une disharmonie calculée. Mais ce
burlesque, loin de provoquer le rire chez le lecteur, ne le rend que plus
sensible à son malheur : les circonstances même les plus anodines se liguent
contre lui. Notons que la crudité des expressions s’affaiblit d’une édition à
l’autre, comme si la charge de réalisme était devenue trop lourde pour le
héros, aux yeux de l’auteur, effrayé peut-être de sa témérité, et du grand
écart qu’il obtient…
4) en fait, ce roman est ambigu, comme sa leçon :
a) Les éléments de comédie : après ce qui
précède, ce sujet peut surprendre. Mais Prévost sait manier les registres avec
subtilité : il y a des moments de détente où la fatalité semble oublier ses
victimes : le lecteur s’amuse, comme les deux héros… des Grieux ne se
donne-t-il pas le plaisir d’une scène agréable en se faisant passer pour le
frère de Manon ? Comique de farce. Manon n’est pas de reste dans l’épisode du
prince italien. Et la scène de trompeur trompé finalement trompé, avec le jeune
G. M. ?
b) Manon elle-même ? Elle est de naissance
commune, et son obsession de la faim, fort peu héroïque, est révélatrice.. Des
Grieux dérogerait en l’épousant, et elle est flattée dans sa vanité d’avoir un
tel amant. Notons qu’en l’épousant sans le consentement paternel, des Grieux
risquerait l’exhérédation Et le consentement du père était nécessaire pour
éviter l’empêchement de clandestinité.. Les parents de Manon auraient pu
attaquer le mariage en accusant le Chevalier de rapt de séduction. Mais vu la
qualité du Chevalier, Manon et les siens pouvaient être accusés de subornation.
Le Chevalier sait ménager son père. Et il ne perd tout qu’au moment de partir
en Amérique. Jusqu’à là, il avait su et pu ménager ses arrières. : ce n’est
qu’à la Nouvelle-Orléans que les deux amants sont à égalité. Mais le Chevalier
a plus perdu ! C’est que Manon a enfin changé. L’épisode du prince italien
était prémonitoire. En Amérique : vous ne sauriez croire combien je suis
changée. Elle se convertit à l ‘amour. Mais les plaisirs légers sont essentiels
à sa nature : «Hélas ! une vie si malheureuse mérite-t-elle le soin que nous en
prenons», se plaint-elle avant de partir en Louisiane ; en fait, confrontée au
sérieux de l’amour, notre petite fleur citadine, parisienne jusqu’au bout des
ongles… meurt !
c) Les personnages évoluent donc, de façon crédible. Ce qui n’est pas le cas des événements, souvent trop… romanesques, pour ne pas dire factices : la même situation se reproduit 3 fois : Manon trompe son protégé avec M. de B. , le vieux G. M., puis avec le fils de ce dernier !Cela s’invente ! Et après chaque trahison, dû au manque d’argent, des Grieux se doit d’oublier le passé pour pardonner ; or, les 3 fois, Prévost réussit à remplir ces deux conditions : les 60.000 francs de M. de B. devraient suffire un certain temps ? Qu’à cela ne tienne : la maison brûle, l’argent est volé. L’argent gagné au jeu est aussi vite dérobé. Après la sortie de l’hôpital de Manon, le meurtre est étouffé et la police perd la trace de Manon. En fait, à chaque fois, des Grieux peut revenir à la vertu, et Manon ne plus céder à son penchant. Rien n’y fait : ils reviennent à leurs turpitudes Et nous retrouvons dans le romancier le prédicateur, qui oriente son récit, pour prouver quelque chose : n’est-ce point les occasions perdues de la vertu ? Dans le Pour et le Contre, il veut «faire passer quelques maximes de morale à la faveur d’une narration agréable. Peu lui importe en fait l’invraisemblance, à l’observation, de l’intrigue : elle est la servante de l’instruction morale, ancilla doctrinae. Donc, on en revient toujours là : quelle leçon ? cf. la préface de l’homme de qualité. De même, Fénelon, dans Les Aventures de Télémaque nous apporte la bonne parole, via Mentor, mais «la folle passion» qui y est condamnée est plutôt chez Prévost rendue estimable par le narrateur, voire désirable, malgré ses effets négatifs : qui ne se targue d’être plus habile que nos deux héros ? Au reste, il est révélateur que le titre du roman soit passé dans le langage courant à Manon Lescaut. Tout ceci parce que l’abbé, lui-même déchiré entre ses différentes valeurs, a voulu ménager la coexistence des contraires : immoralité et obsession de la vertu, faute et innocence, cynisme et candeur, peinture sociale et lyrisme du sentiment, détails picaresques et hauteur tragique, goût du bonheur et vocation de la catastrophe. Dans les mots transparents de cette histoire limpide, c’est notre destin d’homme qui se vit sous nos yeux… fascinés :un contraste perpétuel de bons sentiments et d’actions mauvaises.
Chronologie du roman :0
Des Grieux, né avec le siècle, rencontre Manon, d’un
an plus jeune, au début des vacances de l’année 1717 : 6 semaines de bonheur. 6
mois de séquestration dans le château paternel. A Saint-Sulpice toute l’année
scolastique jusqu’à la soutenance de sa thèse en Sorbonne (a
oût 1719) ; Manon qui a 18 ans maintenant le reprend,
mais a peur de s’isoler à Chaillot pendant l’hiver. l’essentiel de l’action se
passe entre 1719 et 1720 : l’affaire du vieux G. M. amène à l’enfermement de
nos deux héros, à Saint-Lazare et à la Salpêtrière. Double évasion. Retour pour
l’été à Chaillot.
Le dénouement est rapide : arrestation au Châtelet,
libération de des Grieux au bout de 4 jours, déportation de Manon le
surlendemain. 1 semaine sur les routes de Normandie. Embarquement immédiat pour
La Louisiane, c’est la fin de l’été 1720.
Le second épisode est très condensé dans le roman et
dure 2 ans : 2 mois de navigation, 10 mois de séjour avant la mort de Manon
(août 1721, à l’âge de 21 ans, d’épuisement :notre parisienne ne supporte pas 8
kms à pied hors-piste) ; 3 mois de
maladie de des Grieux, 6 semaines avant l’arrivée de Tiberge, 2 mois de séjour,
2 mois de retraversée, 15 jours jusqu’à
Calais, avec la deuxième rencontre avec le marquis de Renoncour…